Président Macky, ce qui se passe au Mali devrait vous intéresser.

Ce pays voisin a traversé une crise politique et sociale délicate ces derniers mois, dont l’un des temps forts a été la manifestation du 05 juin 2020.

Cette crise a provoqué un soulèvement populaire d’une grande partie de la population malienne fidèle à l’imam Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil islamique malien (HCIM). Pas plus tard qu’hier, lors d’une manifestation après la prière du vendredi, ces Maliens ont demandé, sans aucune concession, la démission du président démocratique démocratiquement élu, Ibrahima Boubacar Keita. Le peuple du Mali veut reprendre le pouvoir qu’il a délégué au chef de l’Etat.

La veille, une délégation de la CEDEAO avait cependant tenté de servir de médiateur entre les M5-RFP, proche de l’imam Dicko et de la majorité présidentielle. Mais aucun accord n’a été trouvé. Le M5 estime que la seule solution pour calmer les manifestants est le départ d’IBK du chef du pays.

Demander la démission du président n’est pas trop, si cela peut apporter la paix, la démocratie“Dit Issa Kaou Ndjim, membre du M5.

C’est le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, et sa gestion désastreuse, responsable de la déstabilisation de notre pays. IBK est l’élément déstabilisateur de la République. Nous avons demandé à la CEDEAO d’aider le peuple malien à libérer Ibrahim Boubacar Keita “, suggéra le dr. Oumar Mariko.

La crise dans ce pays voisin du Sénégal montre, suffisamment, la fragilité de ses institutions, après le coup d’État d’Amadou Sanogo, contre le pouvoir d’Amadou Toumani Touré, en 2012. Les groupes terroristes ont réussi à diviser le territoire malien, de face au double jeu de la France, qui semble déterminée à concrétiser son projet diabolique de division du pays en deux entités, au profit du mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), dont certains membres sont parrainés par l’Elysée.

C’est à cause de son jeu de clair-obscur que les gens qui chantaient “Longue vie à la France“, En 2012 lors des attaques d’AQMI, il est à”France Clear“, Aujourd’hui.

La vérité est que les Maliens ne comprennent pas que les Américains peuvent tuer Ossama Ben Laden au Pakistan, Aboubacar Al Bagdadi en Irak, Abdel Malik Droukdel au Mali et que d’autres chefs terroristes violents tels que Iyag Ag Ghali, Amadou Koufa, Mokhtar Bel Mokhtar, Aboubacar Shekeau, Al Sakhraoui et leurs associés continuent de marcher librement entre Gao, Kidal, Tombouctou, Syrte, jusqu’aux frontières sénégalaises, à Moussala, sans être dérangés, dans des zones encore sous le contrôle des drones de l’opération Barkhane.

Suite à cette observation, les Maliens ont rapidement accusé IBK d’être un agent de la France, chef de l’Etat, dont le règne va maintenant devoir être raccourci. De plus, des scandales subséquents, symboles d’une mauvaise gouvernance chronique depuis l’arrivée d’IBK et de son clan au pouvoir. Ils ont tout repris! Détournement de fonds publics, contre-marchés, vente de terrains, mécénat politique, francisation de l’économie malienne et insécurité rythment le quotidien des femmes et des jeunes de ce pays.

Dans sa déclaration, le M5 affirme qu’IBK menace “l’existence du Mali“Il a dénoncé les crises”politique, social, éducatif, santé, sécurité et gouvernance “.

La gouvernance désastreuse d’IBK a donné naissance à de nouveaux groupes sociaux et leaders d’opinion, comme l’imam Dicko, aujourd’hui barreur de ce soulèvement populaire.

L’appel des manifestations organisées au Mali est que tous les acteurs politiques sont rétrogradés au deuxième degré. L’élite politique malienne a perdu toute crédibilité aux yeux du Malien moyen.

Le président du Haut Conseil islamique malien (HCIM), l’imam Dicko, cristallise tous les courants de protestation. Ce sunnite a réussi à unir les gens ordinaires, qui trouvent en eux la solution pour la renaissance d’un nouveau Mali.

Hier, vendredi 19 juin 2020, devant des milliers de jeunes sympathisants, l’imam Dicko a précisé que la politique ne l’intéressait pas et que sa mosquée qu’il dirigeait depuis 40 ans lui suffit. Mais il s’est engagé à restaurer l’état de droit, la dignité et l’honneur du Mali. Car, il pense que les Maliens sont fatigués. Là, son discours rappelle celui de Kéba Mbaye qui a déclaré: “Le Sénégal est fatigué“Cette conclusion est également valable dans ce Sénégal 2020.

Aujourd’hui, le président Macky Sall doit apprendre beaucoup de ce qui se passe au Mali et qui peut être gâché au Sénégal, un pays avec des religieux occupés comme l’imam Dicko.

Macky Sall doit écouter son peuple pour éviter d’entraîner le pays dans une impasse avec des retombées inattendues. Le Sénégal nage dans un calme trompeur, d’où des tourbillons politiques et socialement dangereux pourraient naître pour sa stabilité. Monsieur le Président, vous ne devez pas écouter ces turifaires qui vous disent: “Monsieur le président, ça va! “. Ils vous trompent, les Sénégalais souffrent!

Dans leurs slogans de protestation, les Maliens utilisent les mêmes expressions de propagande que les Sénégalais. Ils ont le même comportement dans les réseaux sociaux, face à des événements politiques, car ils partagent la même histoire. Cela donne l’impression que le Sénégal et le Mali sont dans la même situation et que les deux peuples ont les mêmes difficultés … Surtout au niveau social.

Tout ce qui se passe au Mali affectera directement ou indirectement le Sénégal. Et en partie, la sécurité intérieure du Sénégal dépend de celle du Mali.

Le président Macky Sall ne devrait pas attendre que le vent de protestation malien traverse nos frontières avant d’atterrir sur la place de l’Indépendance ou l’Obélisque avant de réagir. Ce serait trop tard! Le président Sall doit agir maintenant, apporter les corrections nécessaires pour raviver l’espoir du peuple sénégalais, qui souffre aujourd’hui.

Macky Sall doit agir de manière décisive pour écrire son nom dans les annales de l’histoire du Sénégal, en restant collé aux préoccupations de son peuple. Les nombreuses manifestations de jeunes à Touba, Tivaouane, Kaffrine, Kaolack, Dakar (voir ailleurs) pourraient être la brise annonçant le déluge.

Ce cycle de révolution qui secoue aujourd’hui le régime IBK a dévasté le pouvoir de Bouteflika, en Algérie, mais aussi celui de Blaise Compaoré, au Burkina Faso, et menace ceux d’Alpha Condé, en Guinée, d’Amadou Barro, en Gambie , d’Alassane Ouattara, en Côte d’Ivoire et d’Emballo, en Guinée-Bissau. Macky doit donc tirer les leçons de l’actualité au Mali pour réajuster son gouvernement.

Bouche Mamadou BANE

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